Bienvenue

Montréal, ça pue. Spécialement au début du mois de juillet, à ce moment où l’humidité est si lourde que les vents n’arrivent plus à la chasser – mais les vents, au milieu de l’île, il y en a peu. Ça a été ma première réflexion en arrivant en ville, en mettant les pieds en dehors du camion à quelques mètres de mon futur appartement. Ça a été long pour moi, apprivoiser la ville. Je viens d’une petite banlieue de Québec, d’un endroit où tous les enfants de mon âge m’étaient familiers. Toutes ces nouvelles personnes que je croisais, qui me dévisageaient comme si j’avais « habitante » tatouée sur le front, ça me faisait peur – sans compter l’influence de mes parents qui m’envoyaient une fois de temps en temps un rappel du taux de criminalité dans leurs messages. J’ai commencé l’université un peu perdue dans ce monde étrange où l’âge adulte chevauche encore le déni de responsabilité de l’adolescence.

Je pense que je ne me suis pas trop mal débrouillée. Après tout, je suis ici pour vous raconter des histoires, non?

J’ai complété la première partie de ma formation, et je suis devenue archiviste. C’est drôle comme ce mot évoque un métier de grand-père, poussiéreux et isolé. Et pourtant, c’est un métier qui est plus d’actualité que jamais : où la mémoire va-t-elle aujourd’hui, alors qu’on se retrouve face à des réseaux sociaux qui ne cessent de nous solliciter, des téléphones qui s’agrippent à notre âme, des relations éclairs à l’image des films qui nous bercent depuis notre enfance? Où se retrouvent les souvenirs des moments heureux en famille ou entre amis, immortalisés d’un selfie douteux avant d’être lancé aux oubliettes dans notre story sur Facebook ou Snapchat? Qu’est-ce qu’on devient, à force de se perdre dans Instagram ou Twitter pour avoir des likes ou des commentaires?

C’est ça, la vocation de l’archiviste. Ramener ces mémoires d’un autre temps, pour reconstituer la vie d’inconnus. On part d’une image, d’une bribe de journal et on recrée la vie des gens.

On écrit l’Histoire – les histoires.